Texte et photo extraits du Réactif n°56 - Région wallonne - juillet, août, septembre 2008 - auteur : Yves KENGEN
11.000 EUR d'économie par an sur 2.800 m².
La première école « passive » de Wallonie a ouvert ses portes au début de cette année.
Particularité : on y vit dans une température constante de 20 à 22 degrés toute l'année alors que le bâtiment ne contient aucun radiateur.
Le nouveau bâtiment de l'Institut Provincial de Formation Continuée, à Nivelles, est un exemple de ce que l'on peut réaliser en matière de passif tertiaire. Pour un investissement de 4 millions EUR, le bureau d'architecture bruxellois A2M, spécialisé dans les projets « durables », a réussi à concevoir et construire un immeuble qui consomme, avec 10kWh par mètre carré et par an, 90% de moins qu'une construction ordinaire. C'est une nouvelle vie qui commence pour les 4000 étudiants de cette école professionnelle, dans un environnement futuriste dont ils ne manqueront pas de méditer l'exemple.
Etanchéité à l'air
Le principe d'un bâtiment passif, c'est qu'il soit complètement étanche à l'air, de telle sorte que toute source de chaleur intérieure reste dans l'espace au lieu d'aller « chauffer la rue ». Un puits canadien, tuyauterie en béton longue de 80 mètres, est enseveli sous 2 mètres de terre. Pour répartir la chaleur tout en favorisant l'apport d'air frais, un système de ventilation de type mécanique contrôlée (VMC) « double flux » en assure le mélange et la bonne circulation, via une tuyauterie à filtre dissimulée dans le faux-plafond dont le débit est régulé par un dispositif électronique?
Giovanni Montagnino, coordinateur du chantier, explique ce système d'échange calorifique ; « Les airs intérieur et extérieur ne se mélangent pas. L'apport calorifique se fait par un échangeur de chaleur. Si l'air extérieur est à 0° et l'air intérieur à 20°, ce dernier va permettre de chauffer le premier à 15°. » L'étanchéité parfaite des parois empêche toute déperdition, ce qui permet de limiter la consommation au strict minimum.
Une isolation très poussée
L'isolation joue évidemment un rôle essentiel. Les murs sont constitués de caissons en bois dans lesquels un isolant à base de cellulose, traité aux fongicides, est insufflé. Les fenêtres, point faible classique de l'isolation, sont pourvues d'un triple vitrage enchâssé dans un bois spécial importé d'Autriche. Une épaisseur de 15 cm de polyuréthane projeté isole les sols; quant à la toiture, c'est un polyuréthane de 21 cm d'épaisseur qui empêche toute déperdition de chaleur. On le voit, rien n'est laissé au hasard dans un tel projet. Avant la livraison, les ingénieurs ont réalisé un test d'étanchéité à l'air et une thermographie à l'aide de caméras thermiques afin de repérer les éventuels ponts thermiques.
Une automatisation bien tempérée
Cela dit, plusieurs questions peuvent se poser. D'abord, comment ce système s'adapte-t-il aux écarts de température, fréquents dans nos contrées, ou aux anomalies climatiques prolongées? En fait, le bâtiment est équipé d'une mini station météo, qui sonde et traite les données telles que la température extérieure, l'ensoleillement, le vent, etc. En fonction des variables recueillies, le système commande l'ouverture ou la fermeture des stores, par exemple.
Ensuite, un tel niveau d'automatisation ne réduit-il pas la possibilité de moduler le climat intérieur en fonction des nécessités ou de souhaits particuliers? L'intervention humaine reste possible, ce qui rassure quant au fait que les habitants du lieu ne sont pas tributaires à 100% d'une automatisation dont une éventuelle faille passagère rendrait le bâtiment inhabitable.
De la science oui, pas de la science-fiction! 90% d'économies sur l'énergie en ces périodes de tension sans précédent sur les matières premières, c'est appréciable, et cela justifie un dispositif à la pointe du progrès technologique. Gâtés, les étudiants de l'IPFC nivellois!
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