Une ville qui remonte presque à la nuit des temps.....
.... qui fait partie de ces rares citées connues dès la préhistoire.
Galéjades dites-vous ?
35.000 ans avant notre ère, le site de la future ville de Nivelles était déjà visitée...
Bonne découverte
Préhistoire et époque romaine
Dès le Paléolithique moyen, soit aux environs de 35 000 avant notre ère, la présence humaine est attestée dans notre région par les découvertes de matériel lithique. Vu la configuration géographique, elle n'est que sporadique et limitée aux périodes de léger réchauffement du climat glaciaire.
Vers 8 000 avant notre ère, le réchauffement climatique, qui favorise l'installation de la forêt, transforme profondément notre environnement. La présence de nombreuses stations mésolithiques semble indiquer que notre région se peuple alors définitivement. Le matériel exhumé est abondant et varié, il se rattache à la tendance tardenoisienne. C'est l'époque des derniers grands chasseurs.
Vers le 5ème millénaire, au Néolithique, notre région subit l'influence de populations venues dans un premier temps du Danube, et connaît une véritable explosion démographique. C'est l'époque des premiers grands agriculteurs et éleveurs. Nos plateaux limoneux offrent leurs bonnes terres à cette agriculture naissante
L'homme se sédentarise au sein de villages aux maisons de bois et de torchis. Il crée de nouvelles techniques : le polissage de la pierre, la céramique et le tissage entre autres. De prédateur, il devient ainsi producteur. De nombreuses stations néolithiques sont connues sur les plateaux environnant la cuvette nivelloise.
Aux âges du Bronze et du Fer, la continuité est assurée tout en intégrant l'apport des techniques nouvelles. Les fouilles réalisées à Thines et à Baudémont en témoignent.
La conquête par les armées de César n'apporte pas de changement immédiat à la vie autochtone dans notre région. Il faut attendre la fin du 1er siècle pour que nos campagnes, toujours vouées à l'agriculture, soient réellement romanisées dans un système bien structuré.
Tant dans les grands domaines comme le complexe de la Tournette que dans les petites métairies comme celle de la Vieille Cour à Thines, l'influence de Rome et les bienfaits de technique nouvelles se font sentir : céramique, métallurgie, construction en dur et produits de luxe...
Notre région est favorisée par la proximité de la grande chaussée de Bavai à Cologne, où la bourgade routière de Liberchies joue le rôle de relais commercial et de centre artisanal : le surplus de nos productions y est écoulé, on peut y acquérir les produits de luxe importés qu'accompagnent les idées nouvelles. C'est la "Paix romaine".
Vers 275, après quelques incursions sporadiques, une grande vague d'invasions germaniques traverse notre pays et modifie l'aspect de nos campagnes qui seront désertées. La plupart des "villae"(ou fermes) sont détruites par incendie. Les témoins matériels se font ensuite très rares, et ce jusqu'à la fondation de l'abbaye de Nivelles au milieu du 7ème siècle, à l'époque mérovingienne.
L'abbaye de Nivelles
Au milieu du 7ème siècle, le territoire de la ville actuelle de Nivelles se situe au coeur de l'Austrasie franque. Les "maires du palais" de la dynastie déchue des Mérovingiens deviennent peu à peu propriétaires de vastes domaines agricoles sur lesquels ils règnent en maîtres des gens et des choses.
Ainsi, le "maire du palais", Pépin dit "le vieux", possède-t-il une immense "villa"(= grand domaine) de quelque 7 800 hectares sur le territoire de l'actuelle ville de Nivelles et des villages environnants. Il meurt en 640, laissant une veuve, Itte (ou Iduberge ou Ide), originaire d'Aquitaine, et trois enfants : Grimoald, Begge et Gertrude.
Entre 647 et 650, l'évêque de Maastricht, Amand, lui aussi originaire d'Aquitaine, persuade Itte de fonder une communauté d'hommes et de femmes qui trouve logiquement un abri dans les murs de la "villa"de Pépin. Gertrude en devient la première abbesse.
Les fouilles archéologiques menées à partir de 1941 permettent de se faire une idée plus précise de ce que fut le monastère à ses débuts.
Le premier oratoire, dont on a découvert les restes sous la collégiale, était dédié à saint Pierre et avait une fonction principalement cimetériale. C'est là que l'on enterrait les membres de la communauté. Le second oratoire, dédié cette fois à saint Paul, était réservé à la communauté masculine. Quant à l'oratoire dédié à Notre Dame, il était réservé à la communauté féminine.
Gertrude meurt en 659 et est enterrée dans la chapelle funéraire dédiée à saint Pierre, comme le sera aussi Ermentrude, vers l'an mil, petite-fille du roi de France Hugues Capet. La présence de cette tombe abbatiale va conditionner toute l'évolution architecturale de l'église : l'afflux des pèlerins entraîne des adaptations et des agrandissements continuels. Le prestigieux édifice roman, consacré en 1046, n'est que l'ultime étape de cette évolution.
Quant à l'abbaye, fondée par des membres de la famille des maires du palais, elle devient abbaye impériale par l'accession au trône de leurs descendants.
Dans le courant du 11ème siècle, les religieuses et les moines, qui suivaient la règle colombano-bénédictine aux 7ème et 8ème siècles, font place à des chanoinesses et à des chanoines, dont le statut admet la propriété personnelle.
Au début du 11ème siècle, à la suite, semble-t-il, d'un incendie catastrophique, on entreprend la construction d'une nouvelle église. Le chroniqueur Sigebert de Gembloux nous apprend qu'elle fut consacrée en 1046 par l'évêque de Liège Wazon en présence de l'empereur Henri III.
Le 11ème siècle constitue l'apogée de l'abbaye. Le domaine étend ses possessions en Frise, en Zélande, dans la vallée de la Moselle et jusqu'au Rhin. A Nivelles, une ville se forme autour du noyau que constitue l'abbaye : un "vicus"(agglomération marchande) sous Charles le Chauve (9ème siècle), un "burgus vel villa"(11ème siècle), un "oppidum"(12ème siècle - avant 1182 en tout cas) avec un rempart long de près de deux kilomètres, percé de 7 portes et de 11 tours.
Du point de vue politique, la ville s'inscrit dans le système défensif des ducs de Brabant et cette protection va permettre à la cité de s'accroître notablement en ce début de 13ème siècle.
Le mouvement commercial brabançon, dont Nivelles était à l'origine, soit un axe nord-sud s'étendant jusqu'en Angleterre, se déplace sur l'axe est-ouest de la voie Cologne-Bruges. La ville atteint alors, en un très court délai, un niveau de prospérité tel qu'elle ne pourra pas le maintenir, se voyant supplantée par les autres communes du Brabant.
En pleine phase de développement de la ville se marque la décadence de l'abbaye qui abandonne progressivement l'exploitation directe de son domaine pour devenir un rentier du sol. Dans le même temps, l'abbaye se sécularise et souffre, de surcroît, de graves dissensions intestines.
A Nivelles, les véritables représentants de l'autorité communale sont les jurés, les rentiers et les maîtres des métiers qui apparaissent au 14ème siècle ; ils s'occuperont tant des finances que des fortifications et des travaux publics. Les échevins auront de l'importance plus tard.
En 1262 se situe le soulèvement de la "commune" de Nivelles : les habitants affrontent directement et violemment l'autorité abbatiale, jusqu'en 1265 ; chartes et traités conclus avec d'autres villes ainsi que le sceau communal créé pour la circonstance sont finalement détruits.
Le règne de la duchesse Jeanne marque la période de la plus grande puissance de la commune nivelloise. Les concessions qu'elle obtient, tant de la souveraine du Brabant que des abbesses, assurent le renforcement définitif de ses libertés.
Les deux industries nivelloises les plus prospères, à cette époque, sont la tannerie et plus particulièrement l'industrie de la toile fine, laquelle confère à la ville une véritable renommée internationale. Las, les conflits nombreux du 15ème siècle vont finir par obérer Nivelles, l'appauvrir et dépeupler les campagnes.
Nivelles n'échappe pas au protestantisme jusqu'en 1580 ; elle subit plusieurs sièges difficiles provoqués par les troubles religieux et les aléas des guerres. La prospérité en subit un lourd préjudice, la population diminuant dans de telles proportions qu'il faut réduire de cinq unités le nombre des paroisses.
La trêve des douze ans va profiter à la cité ; Nivelles reprend vie en ce début de 17ème siècle et voit revivre son commerce tout en saluant la naissance de plusieurs institutions : le séminaire épiscopal, les couvents des Jésuites et des Annonciades etc.
En 1647, l'émeute provoquée par les fabricants de fil, suivis aussitôt par leurs ouvriers, va inciter un grand nombre d'artisans à gagner les régions de Cambrai et de Valenciennes, exil qui va coûter très cher aux activités économiques de la ville.
Les guerres du 17ème siècle transforment les Pays-Bas espagnols en un immense et cruel champ de batailles ; Nivelles n'échappe pas à la souffrance qu'engendre les occupations militaires successives.
Le régime autrichien apporte des réformes d'ordre administratif, ecclésiastique, institutionnel et judiciaire. Ainsi, sous le règne de l'impératrice Marie-Thérèse, le règlement de 1778 bouleverse-t-il les traditions au profit de l'influence du gouvernement et de l'abbesse, supprimant le corps des jurés et restituant aux échevins leurs prérogatives. Le nouveau Magistrat ne résistera cependant pas aux réformes voulues par Joseph II ainsi qu'à la tourmente révolutionnaire.
Le réseau des voies de communication routière s'améliore ; Nivelles est réunie à Bruxelles par la chaussée de Mont-Saint-Jean, aux carrières et aux charbonnages du Hainaut par la chaussée de Bray et son embranchement vers Feluy, à Namur par la chaussée des Quatre-Bras.
Durant la Révolution brabançonne, le parti de van der Noot triomphe à Nivelles où l'on s'efforce d'anéantir toutes les réformes introduites par Joseph II.
L'Occupation française se traduit, quant à elle, par la rupture définitive avec l'Ancien Régime et la naissance d'une démocratie moderne.
Le début du 19ème siècle voit la ville de Nivelles rentrer dans le rang, ses principales institutions religieuses, notamment le Chapitre en 1798, ayant été supprimées. Les remparts sont détruits par les Français entre 1810 et 1812, ne laissant subsister que des fragments du mur d'enceinte et la tour du Diable (ou Simone), encore visitable de nos jours.
L'artisanat reste cependant vivace, pour longtemps.
Vient la Révolution belge de 1830 : la ville de Nivelles, une des premières, envoie à Bruxelles un groupe de patriotes décidés, qui se distingueront par leur ardeur au combat.
La révolution industrielle, caractérisée notamment par l'avènement du machinisme, va faire de Nivelles un pôle industriel appréciable à travers la montée en régime des Ateliers Métallurgiques, future "La Brugeoise et Nivelles" spécialisée dans la chaudronnerie en général, la construction métallique et surtout le matériel de chemin de fer, jusque et y compris les locomotives électriques encore en service de nos jours. L'année 1988 lui sera cependant fatale pour d'obscures raisons communautaires, malgré l'intérêt porté par la firme Bombardier.
En début de 20ème siècle, Nivelles est une ville de province calme et productive avec de petits moyens. La Première Guerre mondiale va porter un premier coup aux efforts consentis, mais pas de manière vraiment durable. Par contre, la Deuxième Guerre mondiale va marquer de façon indélébile tant la ville elle-même que sa population. Le 14 mai 1940 est LE jour d'horreur : tout est détruit par l'aviation allemande dans un rayon de 300 mètres, à quelques rares exceptions près, autour d'une collégiale dont il ne reste plus que les murs. C'est l'apocalypse.
Les Nivellois vont s'en remettre difficilement, brusquement plongés qu'ils sont dans un environnement où le mot "provisoire" est de toutes les conversations.
Vingt longues années après, la ville revient définitivement à elle : le centre a retrouvé une certaine cohérence urbanistique, les diverses activités économiques reprennent, ce qui persuade enfin les gens de l'extérieur qu'il fait, à nouveau, bon vivre à Nivelles.
Une politique économique judicieuse, dans les années '50-'60, va ainsi procurer à la ville meurtrie une série de débouchés sociaux de grande valeur : la reprise des Papeteries Delcroix par le grand papetier Wiggins Teape, la création, un des premiers en Belgique sur le modèle américain, d'un parc industriel non polluant qui va aller d'extension en extension, aujourd'hui encore... le tout assurant la création et le maintien d'emplois bien nécessaires à une ville trop longtemps figée par le malheur.
En septembre 1984, dans la liesse générale, l'inauguration de la collégiale restaurée marque, sans aucun doute, le renouveau définitif de la cité des Aclots car cette restauration monumentale du véritable coeur de la ville constituait, à peu de choses près, la dernière étape d'une opération "reconstruction" menée à bien et à la satisfaction de tous, Jean y compris, là-bas au sommet de sa tour.
# Les Personnalités
Nombreux sont ceux et celles qui, nés ou non à Nivelles mais ayant passé dans ses murs la plus grande partie de leur vie active, ont assuré au fil des siècles la renommée internationale de la capitale du Roman Païs
GEORGES AGLANE
(1912 - 1993)
Un seul mot d'ordre toute sa vie durant, l'art sous toutes ses formes : dessin, gravure, peinture, lithographie, sculpture et médaillistique. Peintre en bâtiment, spécialiste comme son père dans la re-création de divers décors ornementaux, restaurateur à ses heures du patrimoine religieux, ce qui lui valut de perdre un oeil en tombant d'un échafaudage à Veurne, Georges Aglave, dit Aglane, va s'imposer par son symbolisme souvent déconcertant, alliant une sûreté du dessin à une inspiration sortant de l'ordinaire. Tenté assez tard par la réalisation de médailles, il est l'auteur d'une série d'oeuvres de haute tenue, dont quelques-unes commandées par la Communauté française de Belgique
JEAN-BAPTISTE DANGONAU
(Auxonne, 1770 - Baulers, 1854)
Français d'origine, plein d'initiatives, politicien hors pair ayant réalisé le tour de force de s'imposer sous les régimes français, hollandais... et belge comme maire puis bourgmestre et après avoir été chassé à l'une ou l'autre reprise. Il est à l'origine de la création du parc de la Dodaine mais aussi de l'Académie de Musique, de l'Hôpital civil, de l'Hospice dans la foulée, etc.
JULES DE BURLET
(Ixelles, 1844 - 1897)
Avocat de formation, élu député catholique de l'arrondissement de Nivelles, il dirigea, entre 1894 et 1896, un gouvernement d'obédience catholique qui se fit surtout remarquer par la réforme de la loi fondamentale des communes. Bourgmestre de sa ville, il fut aussi Ministre de la Justice, puis de l'Intérieur, Ministre plénipotentiaire au Portugal et enfin Ministre d'Etat.
EMILE DE LALIEUX DE LA ROCQ
(1862 - Ouchy, 1918)
Docteur en droit, vite intéressé par la politique, il est conseiller communal au lendemain de ses 28 ans et bourgmestre 5 années après, soit 1895, poste qu'il ne quittera, contraint et forcé, qu'en 1917. Député catholique, militant, président remarqué des Associations catholiques de l'Arrondissement, il prend la défense des moins favorisés, ce qui lui vaudra la déportation... et la mort par maladie.
LAURENT DELVAUX
(Gand, 1696 - 1778)
Né à Gand lors d'une prise de garnison de son père, capitaine d'armée, celui qui allait devenir le plus grand sculpteur des Pays-Bas du Sud au 18ème siècle fit ses premières armes lors de séjours en Angleterre et à Rome, où il trouva l'inspiration devant les oeuvres du Bernin notamment. Revenu en 1732 à Nivelles d'où était originaire sa famille, il mit sur pied un atelier pour y réaliser toute une série d'oeuvres monumentales parmi lesquelles nous relevons : les chaires de vérité de Nivelles et de Gand, un ensemble de statues dont le Musée communal détient quelques beaux bozzetti (projets en terre cuite) et la collégiale des originaux, mais aussi des groupes sculptés ornant encore aujourd'hui ("Hercule"...) l'ancien Palais de Charles de Lorraine à Bruxelles, gouverneur dont il fut le sculpteur attitré peu après 1750. Une thèse de doctorat à son sujet vient d'être brillamment défendue par Alain Jacobs (ULB) en 1994.
ALBERT DU BOIS
(Ecaussinnes-d'Enghien, 1872 - Bruxelles, 1940)
Poète, dramaturge classique et partisan, lui aussi, d'une Wallonie tournée vers la France, Albert du Bois obtint le doctorat en droit dès 1895 et vint occuper une propriété maternelle, le château de Fonteneau, à Nivelles, en 1896. Polémiste à ses heures, il voulut éveiller les consciences wallonnes en les nourrissant de romans et de pièces de théâtre directement inspirés du monde classique : Le Cycle des Douze Génies, Les Romans de l'Hécatombe, L'Hérodienne, etc., pièce qui lui valut, en 1926, les honneurs de la Comédie-Française à laquelle il répondit en construisant et en gérant un théâtre de verdure destiné à accueillir les postulants de la grande compagnie.
SAINTE GERTRUDE
(Landen (?), 626 - 659)
Fille cadette de Pépin le Vieux et d'Itte (ou Iduberge) d'Aquitaine, première abbesse de l'abbaye de Nivelles, elle a toujours voulu se consacrer à Dieu et y est parvenue à force de sacrifices et de don de soi. Elle est devenue la patronne d'adoption de la ville de Nivelles, où elle est enterrée d'ailleurs, ses restes faisant l'objet d'un pèlerinage toujours vivace, le Tour Sainte-Gertrude. Sanctifiée probablement dans le courant du 12ème siècle.
AUGUSTE LEVEQUE
(1866 - 1921)
Avant tout peintre symboliste (Job / Mater Dolorosa / Les Provinces belges...), il fut tour à tour poète, écrivain dialectal et sculpteur. Connu pour son caractère entier, il vendit quelques oeuvres à sa ville, en 1922, avant de partir en "exil". Une exposition destinée à ranimer son souvenir a été organisée en 1994, au grand éblouissement des connaisseurs. Et c'est si vrai que Sotheby's vient de vendre, une de ses toiles à un musée taïwanais pour la somme respectable de 1.350.000FB.
MARGUERITE DE HAYNIN
(15?? - 1623)
Nommée abbesse en 1604, la 47ème en titre, elle va assister à la création du Séminaire cher à François Buisseret, alors évêque de Namur, à l'installation des Jésuites, heureux héritiers de l'église Saint-Georges désaffectée puis enseignants au Séminaire, et enfin à l'installation des Capucins en ville. Généreuse et philanthrope, Marguerite de Haynin crée, de ses propres deniers, la Maison des Orphelins, dont la pierre de fondation fait partie du lapidaire ornant la cour intérieure du Musée communal.
SAINTE MARIE DE NIVELLES
dite d'Oignies (1177 - Oignies, 1213)
Née dans une maison sise rue de Mons, elle épousa dès l'âge de 14 ans un jeune homme de la ville, sans cependant consommer leur union. Tous deux résolus à faire le bien de leur entourage, ils prirent en charge une léproserie au lieu-dit Willambroux, où se dressaient les huttes des lépreux.
En plein accord avec son époux, elle s'isola à Oignies, près de Aiseau, en bord de Sambre, et y fonda un prieuré où se rassemblèrent bientôt quelques femmes membres du mouvement béguinal alors en pleine extension.
HENRI PAUWELS
(19-01-1890 - Gander, 18-09-1946)
Attiré par le social depuis toujours, syndicaliste dans l'âme, amoureux de sa ville natale, ce président de la CSC fut nommé Ministre des Victimes de la Guerre mais envoyé en mission en Amérique du Sud, il figure parmi les victimes, l'avion s'étant écrasé en mer.
EMMANUEL-HENRI-JOSEPH PLON
(Ath, 1742 - 1832)
Formé à la discipline typographique par son père alors établi à Ath, puis à Mons, il va répondre en 1773 aux sollicitations de l'administration communale de Nivelles, à la fois comme libraire et comme imprimeur. Il est fin prêt au début de l'année 1774. En 1804, la petitesse de la librairie-imprimerie et les perspectives très restreintes d'expansion économique amenèrent les enfants d'Emmanuel Plon à envisager soit l'exil, soit la reconversion dans d'autres activités plus lucratives.
Son fils Henri gagna Paris où il fit carrière d'imprimeur, son fils Philippe parvenant à y imposer la maison d'édition (rue Garancière, 8) qu'on y connaît encore comme une des plus actives et renommées, même si demeure seul le nom inscrit en façade.
JOSEPH SEUTIN docteur
(1793 - 1862)
Vivement intéressé dès son plus jeune âge par tout ce qui concerne la médecine, le bachelier Joseph va faire ses premières armes de chirurgien lors de l'ultime conflit napoléonien de 1814-1815, victime comme beaucoup de jeunes de la terrible loi de conscription. Effrayé par le nombre incalculable de combattants touchés aux membres, il met au point une méthode d'immobilisation des os cassés (amovo-inamovible), ancêtre de notre "plâtre" actuel.
Devenu spécialiste en matière d'accouchement, il obtient une chaire à la toute nouvelle Université de Bruxelles. Promu baron, il sera pourtant écarté des grands hôpitaux de la capitale, ce qui va l'amener à consacrer ses moyens financiers à la prospérité de sa ville natale : école gardienne, Bureau de Bienfaisance, restauration de la fontaine gothique.
JOHANNES TINCTORIS
(1430 - 1511)
Le nom de Johannes Tinctoris est généralement associé à l'histoire de la théorie musicale. Auteur du premier dictionnaire des termes musicaux ( Terminorum musicœ diffinitorium, 1495 ), il a rédigé plus d'une dizaine de traités qui couvrent tous les aspects de la pratique musicale de la seconde moitié du XVe siècle, des règles de contrepoint (Liber de arte Contrapuncti, 1477) à l'histoire de la musique (De inventione et usu musicae, 1480) en passant par une proposition de réforme de la notation (Liber imperfectionum notarum musicalium, 1475). A elle seule, cette contribution à la théorie suffit à justifier l'importance accordée à ce Brabançon de naissance. Il y a malheureusement un revers à cette gloire : les autres activités de Tinctoris vivent dans l'ombre de ses écrits. Et ces activités furent nombreuses.
Johannes Tinctoris naquit à Braine-l'Alleud entre 1430 et 1435. Fils d'un échevin de Braine, il semble avoir reçu une éducation solide, tant générale que musicale. Si aucun document n'atteste d'une activité avant son passage à la cathédrale de Cambrai en 1459-1460, rien n'interdit de supposer qu'il fut peut-être actif à Saint-Vincent de Soignies ou à Sainte-Gertrude de Nivelles. En 1460, il est "succentor " à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, avant d'y devenir, en 1463, maître de chœur. Cette même année, le 1er avril, il est nommé procureur de la Nation germanique à l'Université d'Orléans, poste important qui révèle une autre facette de la personnalité du théoricien, celle d'un expert en droit. Sans doute est-ce cette double compétence de juriste et de compositeur qui incita le roi Ferdinand 1er de Naples à engager Tinctoris au titre de "capellanus ". Aucun document ne permet cependant de préciser à quel moment Tinctoris part pour Naples. Tout au plus peut-on présumer qu'il y arrive vers 1472. A Naples, Tinctoris est non seulement chargé de la chapelle musicale et conseiller juridique, il est également maître de musique de Béatrice, la fille du roi. Sa position privilégiée à la cour aragonaise l'a sans doute amené à effectuer plusieurs missions hors de Naples. Mais, une fois encore, il semble difficile d'en fournir une liste détaillée. Tinctoris n'a pas rompu tous les liens avec le Nord. Il aurait effectué une visite à Bruges en 1487. Il jouit également d'un bénéfice relativement important puisqu'il est cité comme chanoine de la Collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles. Entre la fin des années 1480 et 1511, date supposée de la mort du célèbre théoricien, rien n'éclaire sur ses activités.
De Tinctoris, les sources n'ont pas conservé un grand nombre de compositions : quatre messes dont une incomplète (trois Missa Sine nomine et une Missa L'homme armé), tout autant de motets et neuf pièces profanes. A ce corpus relativement maigre, il convient d'ajouter les exemples que Tinctoris a composés pour ses traités ; exemples qui dépassent souvent leur fonction illustrative.
Le manuscrit de Verone (Bibl.Capitolare, Ms DCCLV) contient une des deux Missa Sine nomine à trois voix de Tinctoris. Elle y figure sous le titre de Missa 3 vocum secundi toni irregularis cum contratenore extra manum in diapenthe sub ut. S'il est plus que probable que Tinctoris n'a pas fourni ce titre, il n'en demeure pas moins que celui-ci reprend dans sa formulation des termes utilisés par le compositeur dans ses traités, termes qui méritent quelques éclaircissements en ce qu'ils définissent le projet de cette messe.
Il s'agit d'abord d'une messe à trois voix : un cantus noté en clef de ténor, un ténor noté en clef de basse et un contraténor noté en clef de gamma (la clef de gamma est une clef de sol sur la troisième ligne et indique le recours à une voix grave, une quinte plus bas que la clef de basse habituelle). Le titre précise également que cette messe est composée dans le " secundi toni irregularis ", dans un deuxième ton irrégulier.
Le Terminorum apprend qu'un mode est irrégulier lorsqu'il emprunte sa finale à un mode . Même si cette définition reste vague (s'agit-il d'un mode traité normalement excepté pour la finale ou s'agit-il d'un mode transposé ?), il n'en reste pas moins que cette messe est en Ut protus, un mode dorien transposé, qui n'apparaît qu'exceptionnellement au XVe siècle (deux autres exemples connus).
La prticularité de ce mode d'Ut protus est qu'il suppose deux transpositions, à la quarte supérieur et à la quinte inférieure (de ré à sol et de sol à ut) et l'exploitation d'un ambitus différent. Ces irrégularités (" irregularis ") dans le traitement du mode n'enfreignent cependant pas les règles prescrites par Tinctoris dans ses traités : chaque voix respecte sa propre unité modale, mais, en plus, la combinaison des premier et deuxième modes dans leurs formes irrégulières crée un mélange authente-plagal qu'autorise le théoricien. La dernière partie de l'intitulé, " avec le contraténor hors la main, un quinte plus bas ", justifie que le contraténor descende fréquemment jusqu'à l'ut grave, voire même au si bémol grave, conférant à cette messe sa couleur particulière.
La Missa L'homme armé (Vatican, Capp.Sist.,Cod.35) n'est pas non plus exempte de particularités.
Si elle s'intègre, par bien des aspects, dans la tradition des messes sur ce célèbre cantus firmus, elle recourt à deux reprises (dans le Kyrie et dans le Sanctus) à des tropes. Cette interpolation explique le titre parfois donné à cette messe : Missa Cunctorum plasmator summus. Dans la Kyrie, les neufs prosulae du trope sont distribuées de manière égale entre les trois sections (trois pour le Kyrie 1, trois pour le Christe, trois pour le Kyrie 2).
Le texte " Cunctorum plasmator summus " est connu par ailleurs et ne possède probablement pas de fonction liturgique. Les tropes du Sanctus s'avèrent être une paraphrase du livre d'Israël (6 : 3) ; celles de l'Hosanna puisent à plusieurs sources du Nouveau Testament, tandis que les tropes du Benedictus sont originales. Le caractère unique de ces tropes laisse penser que Tinctoris a pu en être l'auteur, suggestion que confirme la maîtrise de la langue latine dont il fait preuve dans ses écrits théoriques.
Ni les irrégularités de la messe à trois voix (parmi lesquelles il convient également de signaler le Credo tronqué), ni les tropes de la Missa L'homme armé ne fournissent des éléments de datation, d'autant que les deux messes recourent à des pratiques qui n'ont rien d'unique. Johannes Regis (ca. 1430 - ca. 1485) a intégré des textes extérieurs à l'ordinaire dans sa Missa Dum sacrum mysterium (également une Missa L'homme armé) ; plusieurs compositeurs exploitent, dans la seconde moitié du XVe siècle, des tessitures graves, impliquant l'usage des clefs inhabituelles, dans leurs messes (dont Johannes Ockeghem).
De plus, si Tinctoris évoque fréquemment les oeuvres de ses prédécesseurs et contemporains dans ses traités, il ne parle qu'exceptionnellement de ses propres compositions La Missa L'homme armé a suscité plusieurs tentatives de datation.
En 1492, époque à laquelle le manuscrit du Vatican dans lequel figure la Missa L'homme armé a été compilé, Tinctoris se serait trouvé à Rome pour l'intronisation du pape Alexandre VI, cérémonie à laquelle il aurait collaboré. Par ailleurs certains musicologues ont tissé des liens entre certaines messes sur le cantus firmus " L'Homme armé " et l'Ordre de la Toison d'Or.
Or non seulement Tinctoris travaillait pour un membre éminent de cet ordre, le roi Ferdinand de Naples, mais en plus avait été chargé d'en traduire les statuts. Si rien ne permet de situer plus précisément la composition de la Missa L'homme armé, en revanche, il semble acquis que la Missa Sine nomine a été composée pour le roi Ferdinand. C'est ce que laisse supposer le distique noté en tête de la messe dans le manuscrit de Vérone : " Ferdinande sacer inter divos referende cantica tintoris suscipe parva tui " (" O Ferdinand, suffisamment saint pour compter parmi les dieux, accepte ces petites compositions de ton Tinctoris ").
Tinctoris est un compositeur inspiré qui parvient à un juste équilibre entre une inspiration foisonnante et une maîtrise des procédés techniques. Ces deux messes le démontrent d'autant mieux qu'elles présentent deux manières différentes de concevoir l'écriture polyphonique. Car la texture à quatre voix, proche du motet, et la texture à trois voix, proche de la chanson, obligent le compositeur à traiter le matériau musical de deux manières différentes, confirmant que la texture à trois voix ne peut pas être simplement envisagée comme une réduction de la texture à quatre voix. Ces deux messes confirment que les talents de Johannes Tinctoris sont multiples : ils provoquent la raison tout en charmant l'oreille.
Philippe Vendrix
Centre d' Etudes Supérieures de la Renaissance, Tours
Version imprimable- 2099 lectures



